Lorsque nous prenons la parole en public, nous sollicitons l’attention des autres par notre voix, notre regard, notre gestuelle, le corps en mouvement, les objets physiques et digitaux dont nous disposons, le lieu et l’espace qui nous entourent, notre histoire personnelle consciente et inconsciente, nos intentions, nos motivations, nos émotions, nos mots et nos croyances.

Par ces mêmes éléments, nous suscitons l’intérêt et le désintérêt, captons l’attention ou la perdons tout aussi bien. Oser prendre la parole nous fait alors cheminer dans un va-et-vient relationnel qui se fait et se défait dans le souffle de nos mots, dans une phrase, un regard, un geste, une posture, une fraction de seconde. La notion de temps devient relative à l’émotion suscitée ou l’intention dévoilée.

Du relationnel dans tout ça… La relation ainsi créée ou recréée de soi aux autres et aussi de soi à soi, du superflu à l’essentiel, du généraliste au mot qui sonne juste, du silence au son émis tout simplement, est l’aboutissement de quelque chose de grand et de caché à la fois, qui se produit en nous. Nous sortons la voix ! A demi ou totalement nu, avec allégresse ou mots saccadés, avec peur ou timidité, avec bonheur ou tétanisé : telles sont les impressions et émotions traduites parfois. Nous sortons la voix ! Comme le nouveau-né pousse son premier cri, aspire son premier bol d’oxygène par les poumons, respire par lui-même, exfiltre les éléments qui peut-être entravaient ses voies respiratoires, signale sa présence au milieu des autres vivants. Nous sortons la voix et c’est là tout l’enjeu de l’exercice, si tant est qu’il s’agisse simplement d’un exercice ou alors, selon moi, de bien plus que cela. La voix est un peu cet iceberg qui laisse voir une infime partie de ce qu’il est à l’extérieur alors que la partie cachée est souvent la plus imposante et la plus importante.

La voix… Dans une tonalité enjouée, monocorde, à voix haute ou à voix basse, par ces silences, la voix parlée et la voix chantée, la voix laisse des traces et l’empreinte de notre identité sonore. Elle est muable, friable sous la douleur, sensible au vent et perméable aux émotions. Elle est notre porte-folio personnel, l’écho de toute notre différence.

Les mots… Avec leurs sens et leurs idées, ils prennent naissance dans l’invisible et sont apportés par notre souffle, notre diction et notre corps. Ils viennent ainsi à la vie et pas seulement pas leur signification propre, aussi par la projection sonore que nous leur donnons. Ils sont épelés, démembrés, articulés, habités ou pas. Ils ont besoin de sens et de mouvement pour atteindre la portée que nous leur imaginons dans l’inconscient. Sans quoi, ils retombent sans effet, comme des feuilles mortes, desséchées, inertes, sans vie, comme un désert sans écho, une mer sans rivage, un soleil sans rayons !

Pour continuer… Lorsque nous prenons la parole en public, nous re.faisons connaissance avec les autres, comme une séance de répétition que l’on joue et que l’on re-joue sans arrêt, mais à chaque fois, c’est différent, les autres sont différents et nous aussi, nous sommes différents. Nous avons avancé, nous avons progressé. Et puis on recommence, on avance encore, on devient meilleur dans la connaissance de soi et des autres, car on apprend de soi en côtoyant les autres. S’il n’en est rien, alors on s’interroge, ne pas rester sur un échec. On interroge cet échec, on se questionne sur les raisons profondes de ce qui nous bloque et ça, c’est aussi avancer.